Mémoire 1914 – 1918

Eté 1915

HOHROD, notre village, ayant lui aussi été cruellement marqué par l’histoire de la Grande Guerre, je me suis inspiré des batailles du Linge qui se sont déroulées juste au-dessus de nous, pour commémorer la fin des hostilités.

Les batailles du linge se sont déroulées sur cet éperon rocheux qui domine notre village, et qui ont elles aussi largement apporté leur lot de souffrance de misère et de morts.

Le mémorial, les cimetières du Wettstein et du Linge, sans oublier toutes les victimes qui se trouvent encore ensevelies sur les hauteurs de notre village, les abris enfin, témoignent bien de l’âpreté des combats qui s’y sont déroulés.

Un site qui a marqué l’histoire du village, de l’Alsace, de la France et qui est souvent qualifié du « Verdun alsacien ».

La bataille du linge s’est déroulée en 1915 à la suite d’une décision du Grand Quartier Général français de reconquérir, par une manoeuvre dite de « débordement par les hauts » les vallées de Munster, d’Orbey, la plaine d’Alsace enfin.

Aussi, après de longs préparatifs sous couvert du sous-bois entre les lacs et le collet du Wettstein, les hostilités ont débuté le 20 juillet 1915 à 14 heures par une première vague d’assaut.

C’est l’échec.

Les jeunes chasseurs, la plupart avait à peine 20 ans, se font faucher par les mitrailleuses allemandes solidement retranchées dans les abris au dessus des carrières du Schratz, et que l’artillerie française n’a pu détruire.

Elle est suivie d’une seconde vague le 22 juillet qui connait le même sort.

Les 26 et 27 juillet les chasseurs progressent cette fois jusqu’au collet du linge et jusqu’au sommet du Schratz.

Il s’y installent et confortent leurs positions.

Mais au mois d’août, les contre offensives s’organisent par une chaleur torride :

Le 3 août par une contre attaque d’envergure précédée d’un déluge d’obus.

Le 4 Août à 9h20 un nouveau bombardement d’une violence inouïe s’abat à nouveau sur les positions françaises.

Les mines de 170 et de 245 pleuvent à 600 à l’heure.

Quelques 40 000 projectiles s’abattent sur un front de 3 km entre le Collet du Linge et le Baerenstall.

Les 7 et 31 août à 11 heures alors que le Général Armaud De Puy d’Agrain commandant du secteur venait de terminer l’inspection du bataillon, un nouveau bombardement allemand malmène à nouveau les positions françaises.

Inutile d’évoquer la souffrance, la peur, mais aussi l’héroïsme des hommes qui s’affrontaient dans ces combats meurtriers.

La baïonnette était fixée sur le canon des armes lorsque les munitions faisaient défaut, et lorsque les combattants étaient trop près les uns des autres pour utiliser efficacement lances flammes, mortiers et mitrailleuses.

Pour ce qui est du décor, de forêt il n’en restait plus guère. Les sapins sous l’effet des éclats de la mitraille n’étaient plus que des troncs rectilignes décharnés et déchiquetés. Ils faisaient penser à des squelettes qui assistaient stoïquement mais impuissants à la folie des hommes, dans un décor d’apocalypse.

Bien souvent les rescapés de la boucherie rapportaient avec eux ces écriteaux arrachés aux barbelés ennemis dont le texte se voulait ironique, mais qui hélas s’avéra prophétique : « Le Linge sera le tombeau des chasseurs ».

Il l’aura été. En 3 mois, de juillet 1915 à octobre, les combats firent 10 000 morts côté français, et 7000 environ côté allemand.

Puis petit à petit après la contre offensive du mois d’août de septembre et d’octobre le massif du Schratz – Linge – Bärrenkopf va s’assoupir jusqu’à la fin de la guerre.

Le « point de friction » est classé par le commandement militaire français.

C’est là le langage de l’administration militaire.

« L’affaire » du Linge aura tout de même coûté la bagatelle de 17 000 morts.

Une petite citation d’Erasme pour conclure :

« On consent à la guerre des sacrifices dont le dixième eu suffit à préserver, voire à sauver la paix ».

Le 11 novembre 2010

André WIRTH, passionné d’histoire et ancien maire